Les larmes de Sirène – La Chapelle des Dames Blanches Manon Diemer & Lionel Dinis Salazar

vue de l’exposition Les larmes de Sirène de Manon Diemer et Lionel Dinis Salazar

Dans le cadre du cours Rencontre avec l’œuvre de la classe prépa arts, nous avons eu l’opportunité de visiter l’exposition, dès la rentrée, Les larmes de sirène. Réalisée par Manon Diemer et Lionel Dinis Salazar, elle prenait place à la Chapelle des Dames Blanches, du 11 juillet au 6 septembre 2026, au cœur de La Rochelle.

la classe prépa arts de Valin dans les reflets des vitraux de la Chapelle des Dames blanches

Faisant écho aux cabinets de curiosité, le spectateur se retrouve immergé dans un lieu d’un blanc éclatant, laissant les œuvres parler d’elles-mêmes. À l’entrée de la salle, les artistes ont laissé des traces de leurs recherches. On y retrouve des livres, des coquillages, des carnets de croquis et outils ainsi que des prototypes. On constate un intérêt très marqué pour la faune sous-marine, qu’ils ont eu l’opportunité de découvrir au cours de leurs voyages, aussi bien professionnels que personnels.

le lustre qui ornait l’entrée de la salle d’exposition

Dès les premiers pas, une vidéo montrant des images sous-marines de la région nous propose une proximité  avec cette « terra incognita » qu’est le monde marin, renforçant notre aversion pour la perte des écosystèmes tout en nous montrant la beauté des océans. Accroché au plafond, un lustre réalisé à l’imprimante 3d, composé de formes évoquant coraux, algues et anémones, montre que les inventions humaines peuvent cohabiter avec la faune et la flore. En effet, les artistes ont utilisé deux principaux processus de création, chacun laissant une trace visible de leur geste. Le premier l’utilisation d’une imprimante 3D, et le second, une technique d’embossage sur aluminium.

une des plaques d’aluminium embossée de Manon Diemer

Rapidement, le visiteur fait face à une sorte d’hybridité entre la beauté d’une nature aquatique, mais aussi à l’horreur de la présence de déchets plastiques dans ces milieux si fascinants. Pourtant, tous deux soulèvent le paradoxe très intéressant de la dénonciation de ces pollutions marines et l’utilisation de ce même plastique pour faire œuvre. Cette matière, un plastique recyclé, parfois même mélangé à de la poudre de coquillage donne une teinte beige aux pièces évoquant la couleur que prennent les coraux à leur mort. Ce parti pris rend l’ensemble de l’exposition encore plus inspirante.

Les œuvres réalisées en aluminium ont un aspect particulièrement intéressant, notamment du fait de leur réaction au milieu dans lequel elles se trouvent. En effet, la lumière joue un rôle majeur sur leur perception. Celle-ci est d’autant plus amplifiée par la technique employée, qui ajoute un contraste entre les endroits brillants ou plus mats de la plaque d’aluminium. Selon l’heure de la journée et la météo du jour, leur apparence change, à la manière des Nymphéas de Claude Monet. Grâce aux vitraux présents dans la chapelle, nous pouvons assister à de magnifiques éclats de couleurs qui se reflètent sur les murs.

Crypta, Manon Diemer, aluminium embossé, 2026

La scénographie de la pièce permet une lecture très facile pour le visiteur. La symétrie, le banc de sable central et la simplicité des couleurs la rendent agréable et paisible, voire même paradoxalement aérienne. Cette exposition nous plonge dans une pièce parallèle au monde extérieur, comme si nous avions une vision du futur. La salle est éclairée avec de fins spots de lumière blanche amenant une certaine légèreté à la visite. Les éléments encadrés dans des formes aquatiques (elles aussi réalisées à l’aide de l’imprimante 3d) pourraient nous amener à nous demander, au vu de la petitesse de l’œuvre en son centre, s’il s’agit de mettre en avant le travail d’embossage, ou bien plutôt le cadre en lui-même. Ces visuels peuvent aussi évoquer le style rococo du règne de Louis XV, avec ces cadres très imposants qui attirent le regard.

Une des Mirabiliae du duo d’artistes

Au fond de la salle, le visiteur peut observer un magnifique polyptyque, placé à la manière des scènes de la Bible que l’on retrouve au niveau de l’autel des chapelles ou églises. Le geste de l’artiste est bien visible dans ces travaux. Les traits qui les composent peuvent nous rappeler les dessins d’explorateurs, en résonance avec les nombreuses « découvertes » qu’ils ont pu faire. Ce dessin serait peut-être une nouvelle découverte ?

une chaise de jardin effondrée

Devant ce polyptyque se trouve une chaise de jardin (le modèle en plastique blanc connu de tous) effondrée sur du sable. Plus loin, on retrouve également l’impression en 3D d’un sac plastique adossé à un rocher, ainsi que d’une fourchette hybridée à un coquillage. Ceux-ci sont installés sur le sable, au milieu de la faune et de la flore soulignant ainsi l’impact de nos activités quotidiennes en mettant en lumière ce que l’on ne voit pas en consommant : une nature obligée de cohabiter avec les déchets que nous lui jetons sans même avoir la possibilité d’en avoir conscience.

imprimés en plastique recyclé des mollusques côtoient et s’hybrident avec des objets rejetés.

En résumé, cette exposition nous proposait une vision presque dystopique de la réalité, alliant vie et pollution, à la manière d’une métamorphose qui nous attendrait peut-être dans cinquante ans ? Pourtant, paradoxalement de cette nature polluée, une certaine beauté émerge, rendant cette exposition à la fois curieusement fascinante et effrayante.

prise de note à la Chapelle – Phoebe Fremin

Compte-rendu écrit par Léa Elagoune et Lison Robilliard, étudiantes de la CPES-CAAP Valin