L’Eau est le Diamant est une exposition d’œuvres déjà présentées au siège de la Société Générale à Paris la Défense. Elles traitent chacune à leur façon la question des ressources naturelles et de leur destruction. Question qui fait écho aux écrits de l’économiste Adam Smith qui est l’auteur des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations où il évoque en 1774 le paradoxe de l’eau, qui est essentielle pour l’humanité mais qui a une valeur d’échange moindre que le diamant qui n’a pas de valeur d’usage mais qui a un grand coût. Cette sélection d’œuvres est alors disposée de façon à voir différents types de relations entre l’Homme la nature ; des évocations positives comme négatives se faisant face.

Metamorphosis at Dawn de la série The World Examination est une lithographie réalisée par l’artiste camerounais Barthélémy TOGUO (1967-). Cette lithographie sur papier Lana Royal, présente des silhouettes à la fois végétales et animales, des créatures comme prises en pleine métamorphose.

Bientôt un pouvoir est une huile sur toile de Romain BERNINI (1979-), celle-ci fait partie de la série Cargo Cult composée de 5 peintures qui représentent chacune des masques différents en liens avec des îles distinctes, ayant pour habitants des ethnies mélanésiennes. Cependant la composition de ces toiles reste similaire : un personnage central habillé dans un style universel qui est contrasté par le
port d’un masque qui rappelle la culture spécifique évoquée.
Enfin, le personnage qui paraît moderne et en suspension dans un décor plus primitif fait écho aux colons qui étaient autrefois perçus comme des envoyés des dieux, notamment par les Papous qui organisaient leur arrivée avec beaucoup de cérémonies.

Robocut est une œuvre de Suzanne HUSKY (1975-) elle nous a été présentée comme la seule à ne pas provenir de la sélection de la société générale.
Suzanne HUSKY est une artiste dont la pratique se déploie à travers une diversité de médias et dont les thèmes qu’elle traite sont généralement axés sur les relations entre l’Homme et la terre.
Sur cette œuvre en feutre brodé nous pouvons donc retrouver une prairie riche en plantes et en insectes, cependant deux détails troubles ce paysage : un satellite et une tondeuse robotique.
À travers ces objets, Suzanne HUSKY prend le parti de questionner le spectateur sur l’utilisation des technologies par les Hommes, et leurs
impacts sur la biodiversité. Ainsi, dans la possibilité d’un futur sans les êtres vivants, cette broderie pourrait témoigner de leur présence à ceux qui ne
les auraient jamais connus…

Ce côté de l’exposition, rassemble des œuvres qui dépeignent des silhouettes de personnes pauvres et exploitées mais aussi celles des exploitants.Le philosophe Günther Anders nous compare à des « Hommes sans monde » car nous modifions un monde qui n’est initialement pas construit pour nous…
La Grande Galerie 01_1 est une photographie provenant de la série La Grande Galerie de l’artiste serbe Danica DAKIĆ (1962-). Sur celle-ci des Roms issus du camp de réfugiés de Plementina sont placés devant une reproduction à grand échelle de la Vue de la Grande Galerie du Louvre en ruines peint par Hubert
Robert au XVIIè siècle.

Autour de ce groupe familial, il n’y a rien, seulement un paysage naturel à perte de vue. Cette œuvre se montre donc comme une critique des inégalités imposées à certaines civilisations, et reflète la fragilité de celles-ci face à une société surpeuplée qui sème solitude et individualité.

Metal Box est une impression provenant de la série Trash de l’artiste indien Vivan SUNDARAM (1943-). À travers celle-ci il évoque une dérive collective liée à l’empreinte humaine sur la planète. Vivan SUNDARAM utilise l’accumulation d’une même photographie de canettes, que nous pouvons retrouver partout, afin d’éveiller les consciences sur l’urgence de la situation. Cette image de décharge numériquement transformée se veut une critique visuellement forte de la société de consommation dans laquelle nous nous trouvons.

Le sac rose est un tirage Lightjet Lambda sur papier argentique de l’artiste catalan Jordi COLOMER (1962-). Cette photographie dévoile une jeune femme bras tendus et portant un sac rose devant un paysage urbain au Chili, terne et pollué. Cette œuvre réalisée lors d’un voyage qui fut l’objet d’un road-movie décalé interroge nos sociétés globalisées où nous voyons disparaître petit à petit la biodiversité et face à laquelle chaque geste aussi absurde soit-il peut être perçu comme une forme de résistance.

Espectadores est une photographie prise par un autre artiste catalan, Aleix PLADEMUNT (1980- ) en 2006. Ses œuvres s’attardent en une réflexion visuelle sur la relation qu’entretient l’humanité avec l’espace naturel et urbain. Dans Espectadores il n’y a plus de végétation, seulement une rangée d’éoliennes et devant elles se placent un regroupement de chaises vides.
Aleix PLADEMUNT nous interroge sur ces paysages transformés. Son geste peut ici être perçu comme une invitation de l’artiste au spectateur, une incitation à la contemplation de la création humaine, soit ces éoliennes monumentales, comme une réflexion sur notre manière “d’organiser le monde”.

BAE Bien U (1950- ) est un photographe coréen qui s’intéresse particulièrement aux forêts. Dans la culture populaire coréenne, les pins seraient une réincarnation des âmes du peuple coréen. Cette photographie nous invite à une introspection et contemplation de la nature. Une atmosphère presque mystique, qui s’ajoute à la brume épaisse. La technique d’encadrement particulière, qui renforce la profondeur de l’image, permet d’immerger le spectateur dans ce paysage.
Les forêts sont considérées comme un des biens naturels les plus sacrés, pourtant ce sont plus de 2400 arbres qui sont coupés chaque minute dans
le monde. L’artiste redonne à la nature sa véritable place et son pouvoir. Leur puissance et la grandeur sont renforcées par le contraste imposant entre les troncs et le ciel.

L’artiste allemand Nils UDO (1937 – ) propose sa vision propre de la nature. Il compose avec ce qu’il trouve sur place : des roseaux, des herbes et des pétales de fleurs. Son “installation éphémère” et légère semble en mouvement et faire déjà partie du milieu naturel.
Le choix de matériaux fragiles rappelle que la nature est temporaire. Avec son intervention, Nils UDO nous suggère que le paysage va disparaître avec le temps.


Thibaut CUISSET, Vue mer, 1995, deux photographies, 32 x 46 cm chacune
Dans Vue mer, réalisé en 1995, le français Thibaut CUISSET (1958- 2017) montre un paysage marin calme et silencieux. La mer est lisse, l’ensemble est harmonieux et donne une impression de calme . Les couleurs sont douces, claires, ce qui nous invitent à la contemplation.
Cette vue idéale, mets en valeur ce littoral. Le cartel nous rappelle que la mer est aujourd’hui très abîmée par la pollution et les activités humaines. Ce que l’on ne voit pas à la surface est présent pourtant en profondeur. Thibaut CUISSET nous suggère de réfléchir à la fragilité et à la nécessité de préserver notre environnement naturel.

Dans cette œuvre, Louis GRANET nous montre des fleurs qui ne sont ni jolies ni décoratives. Les formes sont épaisses, soulignées de noir, comme dans une bande dessinée. A l’instar de celle-ci, la toile est scindée en deux parties, comme si un détail y avait été isolé.
Les fleurs montrent une nature qui ne parle pas de beauté, mais d’accumulation. La peinture est brouillée et n’est pas simple à comprendre. Le spectateur doit trouver son propre sens.
Certaines formes évoquent aussi le sexe féminin. Cette référence discrète devient alors une image du corps de la femme, de sa fertilité.
Cette œuvre semble faire écho à notre rapport à la nature devenu artificiel ou transformé.
En somme, cette exposition permet de nous ouvrir un regard nouveau sur la question de l’environnement aujourd’hui et la place qu’il occupe dans nos sociétés. La beauté imposante de la nature est une matière que les artistes cherchent à traduire depuis toujours. Le droit à cette beauté quasiment sacrée devrait rester intouché. La contemplation de la nature devient une véritable richesse et un réel enjeu de notre monde contemporain.
Article co-rédigé par Malou Caron, Margaux Leguay, Lison David et Sarah Aïssani, étudiantes en CPES-CAAP.
