
Le jeudi 18 décembre nous avons eu l’occasion de rencontrer l’artiste Maëva Ferreira Da Costa à la Maison des écritures à La Rochelle, dans le cadre d’une résidence. Nous avons eu l’opportunité de pouvoir discuter avec elle de ses démarches artistiques et de ses œuvres et nous avons eu la chance d’assister à une de ses performances : À la clarté de nos certitudes, réalisée avec Jean-Marc Dauné et ses élèves de l’option arts plastiques du lycée hôtelier.

La Maison des écritures est un lieu culturel municipal dédié aux écritures, à la diffusion et aux pratiques artistiques. Ce lieu accueille dans l’année des expositions d’artistes mais organise aussi des résidences comme ici dans le cas de Maëva Ferreira Da Costa. La Maison des écritures est un lieu ouvert au grand public toute l’année qui peut notamment participer à des activités autour de l’écriture.
Performance : À la clarté de nos certitudes.
Cette performance a été écrite en collaboration avec des lycéens du Lycée Hôtelier de La Rochelle en option arts plastiques. L’artiste a collaboré avec ces cinq élèves en plusieurs séances d’écriture afin que chacun·e puisse s’exprimer à travers un texte dans la performance. Tous ces écrits étaient liés à des expériences personnelles mais aussi assez ouverts en général, afin que le spectateur puisse s’identifier. Cette performance aborde le sujet de la vérité. L’artiste ayant questionné cette notion avec les élèves qui se sont penchés sur différents aspects de cette notion, en remettant aussi en question l’impact du langage.
A travers le dispositif d’éclairage avec des lentilles créé par leur professeur d’arts plastiques, les élèves ont pu mettre en espace de manière individuelle leur texte. Par exemple, une élève a fait défiler son texte par projection sur un miroir, dans une salle plongée dans le noir.

Au début de la performance, les élèves sont ensemble et font défiler un texte écrit par l’artiste qui introduit en quelque sorte la performance. Puis chaque élève avait son propre espace et texte. Le spectateur déambulait entre ces textes. Une musique de fond, relaxante, qui ne prend pas le dessus sur le visuel, couvre le bruit des pas.
Cette notion de vérité se traduit par le fait que le spectateur déambule dans la performance et qu’il lit à chaque fois que des fragments de texte. Dans l’impossibilité de lire la totalité, une part de mystère demeure. Chaque spectateur a une lecture différente des textes et crée sa propre expérience, y voit sa propre vérité.
Pour Maëva, la science occupe une place centrale. Elle explique que la vérité scientifique n’a jamais été figée, mais qu’elle est bel et bien dynamique et sans cesse requestionnée. Cette performance a été pensée depuis début septembre et est le point final de ses recherches.

Maëva nous a ensuite expliqué son processus de création qui passe par la recherche. Elle se présente d’ailleurs elle-même en tant qu’artiste en recherche. Son processus de création consiste à connecter des mots clés avec des notions afin de créer des schémas de pensée qui se relient ensemble. Elle crée des sortes de cartes mentales qui s’accumulent et créent un labyrinthe de pensée qui sont déjà, en eux-mêmes, une façon pour elle de restituer sa recherche plastique. Elle nous présente également une bibliographie, dans laquelle figure par exemple, un écrit de Bruno Latour, Cogitamus ou bien encore les écrits de l’architecte Richard Buckminster Fuller comme le Manuel opérationnel pour le vaisseau spatial Terre. Maëva nous a aussi expliqué la notion de détour, en nous expliquant que la science (comme l’art) n’est pas forcément linéaire et que arts et sciences sont aujourd’hui une combinatoire essentielle pour comprendre le monde dans une perspective collaborative.

Durant cette rencontre Maëva Ferreiva Da Costa nous a notamment montré quelques unes de ses œuvres les plus importantes qui tournent autour de la recherche et de la science de façon générale. L’artiste nous a expliqué son attirance pour la science-fiction et l’architecture qui l’a menée, dès son entrée aux Beaux-Arts de Dijon en première année, à un travail de maquette et de performance. Maquettes Transhumaines explore les questions liées au transhumanisme et aux limites du corps humain.

Maëva explore ainsi des thèmes liés au design, à l’architecture mais aussi liés à la construction notamment avec des totems en plâtre qu’elle réalise entre 2020 et 2023, Oligophrène et Odontophobe s’inspirant de l’observation de grains de sels au microscope.

En 2023, Maëva crée une installation sonore intitulée Orchestre Cosmogonique, composée d’éléments en céramiques. Cette installation propose un récit sur les premiers sons de l’univers. Grâce aux éléments de l’installation elle s’anime par la présence plus ou moins proche d’un·e spectateur·ice qui déclenche une vibration et crée des sons. De plus, l’artiste dans ce projet évoque la mythologie de l’œuf cosmique, qui aurait éclaté sa coquille et qui aurait créé l’Univers.
Les éléments en noir et blanc en céramique peuvent rappeler les bruits blancs
perçus sur les téléviseurs dus à des rayonnements électromagnétiques qui pourraient nous renseigner sur l’âge de l’Univers.

L’artiste explore aussi le médium de la performance avec Signal, une pièce activée par deux personnes qui incarnent des scientifiques manipulant des sculptures en plastique fondu éclairé qui donneront par la suite la forme des sculptures en céramique de la série Les éteints . Celles-ci ont été présentées associés à une série de 45 photographies : Asteros solanums.
Cette série de photographies cherche à tromper le spectateur sur le sujet des images installées. En effet, en jouant sur les échelles pour les faire paraître plus grandes, les pommes de terre que l’artiste a photographiées, deviennent aux yeux des spectateur·ices des astéroïdes lévitant dans l’espace.

Pour finir, Maéva nous a présenté une installation Unflagged, qui interroge le concept de colonisation spatiale. Elle nous a notamment parlé d’un drapeau américain sur la Lune qui au fil du temps, du fait des rayonnements solaires se décolore, devenant uniformément blanc, soit une sorte de demande de trêve.

impressions thermique, ruban led UV, 3×2,50m, 2025
L’artiste a créé un dispositif avec des matériaux pauvres et de survie pour créer cette capsule. Sur un tapis roulant à l’intérieur de la capsule, défilent des textes narrant l’histoire de la conquête spatiale, qui, tout en défilant s’altèrent grâce à un système d’ultra-violets, condamnant les écrits à disparaître au fur et à mesure de leur présentation.
Compte-rendu co-écrit par Giulia Fara, Enola Vandevelde Lamendin et Zoélie Paringaux-Bourdeau
Pour aller plus loin:
Le site internet de Maëva Ferreira Da Costa
Son contact
Son Instagram @maevaferreiradacosta
