Retour sur la rencontre avec Pierre Mabille à la Maison des écritures

mercredi 8 décembre 2021
par  Ronan MAREC

Les 9 et 10 novembre 2021, l’équipe de la CPES-CAAP ainsi que les étudiant.es ont pu rencontrer artistes, poètes, écrivains et enseignant.es réunis à l’occasion du colloque Dits, Écrits et Pratiques Artistiques. Retour sur la rencontre avec Pierre Mabille, artiste, poète et enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris.
Compte-rendu de Lola Marty et Maxine Alezard toutes deux étudiantes de la CPES-CAAP Valin.

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Pierre Mabille

Dans le cadre du séminaire qui a eu lieu sur deux jours à la Maison des écritures, les 9 et 10 novembre, nous avons rencontré Pierre Mabille qui est un artiste, peintre, écrivain, poète et professeur à L’ENSAD.

Toujours jamais pareil”, est un travail de peinture qu’a commencé Pierre Mabille dans les années 90. Le principe est de partir d’une seule et même forme et de produire des variations autour de celle-ci. A travers ces déclinaisons, une œuvre se déploie dans cette contrainte volontaire qui crée un vocabulaire plastique personnel.

Pierre Mabille durant son intervention à la Maison des écritures, croquis
Jeanne Da Silva

La phrase “toujours jamais pareil” prend la forme d’un slogan, d’un principe que se donne l’artiste pour réaliser son travail d’inventaire de tout ce qui peut faire œuvre à partir d’une forme. Les variations, la série, la liste sont des notions motrices dans le travail de Pierre Mabille tout autant en tant que peintre qu’écrivain. La forme qu’il a choisie de développer, de multiplier est une forme géométrique qui pourrait appartenir à un certain vocabulaire moderniste, pour autant, cette forme n’a pas vraiment de nom ; elle ressemble à un œil, mais aussi à un fuseau. De plus, la forme n’est pas la même lorsqu’elle est à la verticale ou à l’horizontale, contrairement au rond ou encore au carré.
L’artiste, professeur de couleur aux Arts Déco, instaure dans ses tableaux une dimension colorée qui pose la question : comment fusionner dessin et peinture ?

Pierre Mabille, vue d’atelier 2020
Pierre mabille

Lorsque l’on regarde des peintures de Pierre Mabille on peut voir que la surface est quelque chose qui le préoccupe.
Très rapidement, s’est posé la question du nom dans son travail. Une même forme donne des nominations différentes : œil, amande, bateau, aiguille, algue, alvéole, kayak, parenthèses siamoises, … Il a donc commencé une liste de toutes ces appellations sur ordinateur, de sorte qu’il puisse les ranger par ordre alphabétique et continuer à alimenter cette liste. Ces différentes appellations ouvrent une certaine dimension poétique dans le travail de l’artiste, une sorte de méditation sur la forme et ce qu’elle implique.

Antidictionnaire visuel
Pierre Mabille

Il a également récolté toutes les photographies qu’on lui a envoyées où la forme est présente dans le quotidien : un objet ayant la même forme, un endroit où la forme s’incruste, etc. Les personnes repèrent et lui envoient la forme par centaines. Il a rassemblé toutes ces images, pour en faire un deuxième inventaire, mais cette fois-ci visuel. Ainsi, s’installe toute une rêverie autour de la forme. Cette réserve de mots et d’images a formé l’anti-dictionnaire. terme inventé par l’écrivain et critique Jean-Marc Huitorel qui a écrit sur son travail.
En lien avec les images qu’on lui a envoyées, l’artiste a créé toute une esthétique du carnet de recherche, de voyage où il incruste des dessins, des annotations, des collages, des notes écrites, … Il a réalisé en tout 150 dessins de ce type. Dans sa démarche, il y a l’idée du récit, de la narration.
“La forme est une existence”, il tente de pousser métaphoriquement cette forme.

Il commence l’anti-dictionnaire en 2010. Dans ce répertoire, il classe les images par catégorie : œil, motifs de tissu, barques. En les classant ainsi, il met en lien les images où la forme est présente et les appellations permettant de définir la forme.
Le fait qu’il ait répertorié toutes ces images lui a permis de s’en nourrir et de réaliser notamment des dessins au lavis réunis dans l’ouvrage Lavis, aux éditions Unes. Dans ces dessins il intègre la forme dans une scène, un paysage avec l’idée, comme dans la série pour enfant où est Charlie ?, de fondre celle-ci aux scènes dessinées. Le jeu visuel est donc de chercher où se trouve cette forme. Voici des exemples de titres de dessins qu’il a réalisés au lavis : le jardin, le pique-nique, la maison des chevaux, la fin du pique-nique, la vaisselle à 5h du mat., ...

La vaisselle à 5h du mat, lavis d’encre
Pierre Mabille

Il faut rappeler que Pierre Mabille est aussi un écrivain. Il a publié un livre intitulé, Trop de monde, son premier livre de poésie. Encore une fois, il s’est penché sur la notion de liste mais cette-fois, une liste répertoriant tous les titres qui commencent par “l’homme qui …”, par exemple l’homme qui se demande, l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, l’homme de Rio…. Il range ces titres par ordre alphabétique et à leur lecture, se génère dans la répétition, quelque chose de sonore. De plus, d’un point de vue visuel, la liste produit un effet graphique saisissant.

L’inventaire est devenu une réelle pratique chez lui, une liste génère une autre liste qui acquièrent une dimension poétique. Il trouve le moyen par les livres de parler de son travail.

Pierre Mabille durant son intervention à la Maison des écritures, croquis
Jeanne Da Silva

En 2012, il écrit un livre de poésie intitulé On fait comment ? (éditions Bleu du ciel) articulé autour de l’œuvre de Pierre Bonnard, étant pour lui une référence artistique importante, et se découpant en 3 parties. La première est une liste qui part de la réflexion : “qu’est-ce que faire un tableau ?” où il écrit aussi des poèmes en partant de titres de tableaux. La deuxième partie, “explorer la lumière” propose des titres assemblés entre eux. Des textes en prose s’ajoutent à ceux-ci. Enfin, la troisième partie du livre, nous délivre un poème court sur Pierre Bonnard et sa peinture très riche. Toujours dans la continuité de ce travail consistant à répertorier les choses, il réalise un inventaire de paroles de chansons qu’il considère "à ne pas oublier". Les extraits de chansons sont accompagnés de dessins de Michèle Antoine, représentant des portraits de personnes dans le métro.

C’est cadeau,2018 (éditions Unes) est un autre livre qu’il a écrit, où il fait la liste ambitieuse de tout ce qui est à lui. Au début, il commence par énumérer ce qu’il lui appartient sur son corps, "mon bras", "mon foie", puis les relations qu’il entretient, “mon épicier”, “mon dentiste” et enfin il tend vers des choses de plus en plus personnelles.
Pour finir, on peut citer, l’anti-dictionnaire des couleurs, 2020 (éditions Unes), un livre retraçant toutes les rêveries, les pensées sur la couleur, sorte de conversation intérieure où il dialogue avec lui-même.

Retrouvez ses oeuvres, textes et bibliographie sur son site internet :
http://www.pierre-mabille.org/

Texte Maxine Alezard et Lola Marty
Croquis Jeanne Da Silva


Site personnel de Pierre Mabille

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mardi 28 juin 2022

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